PACBASE en France, le témoignage d’un acteur majeur, Lucien Paternostré

 

LucienPaternostre
Lucien Paternostré (2eme à droite) à La Nouvelle Orléans (1994) avec Alain Glikich (à gauche)

Il est des personnes qui ont marqué profondément PACBASE, parmi elles, Lucien Paternostré qui a donné beaucoup pour le produit.

Après avoir touché à la technique, il fut un des meilleurs commerciaux du produit, avant de créer le support International et de devenir le responsable du marketing.

Témoignage de Lucien Paternostré (Juin 2012).

Avant de présenter mon aventure PACBASE, il me semble important de revenir sur une des grandes spécificités de CGI, sa Culture d’Entreprise.

En effet, je reste persuadé que les sagas Pacbase ou Siga-Gip auraient été bien différentes sans elle  !

CGI, une SSII pas tout à fait comme les autres. Un recrutement varié, de bac + 2 aux plus grandes écoles, qui faisait cohabiter un DEA de géologie, un DEUG de maths, un X, une licence de musicologie (oui, cela existait en 1980…), et quelque fois un informaticien (DUT, MIAGE, …).
Bien entendu la grille de salaire à l’embauche prenait en compte ces différents parcours  !
Toutes ces têtes (bien faîtes, disait la publicité CGI dans les écoles …), quelque soit leur cursus, se retrouvaient ensemble dans la formation initiale de 2 mois.
Corig, Merise, PAC et le reste, cela créent des liens entre les nouvelles recrues, plus tout à fait étudiants, pas encore tout à fait dans le monde du travail, tutoiement, moments forts, souvenirs communs, un des points forts de la culture CGI.
Après ces 2 mois, le grand saut en clientèle, et là aussi pas de ségrégation, ce n’est qu’au bout de plusieurs mois que les parcours évoluaient, et point important, pas exclusivement basés sur le diplôme à l’embauche. Chacun pouvait espérer, un autre des points forts de la culture CGI.
CGI, une SSI pas tout à fait comme les autres, car aussi créateur de méthodes et éditeur de logiciels. La quasi-totalité des interventions en clientèle se faisait auprès d’utilisateurs de méthodes ou/et de produits CGI.
Être salarié de CGI, ce n’était pas être salarié de ……, un autre des points forts de la culture CGI.

Doté d’une licence d’Aménagement du territoire, option Urbanisme, je me préparais à rejoindre une collectivité territoriale (département ou mairie), mais en ce mois de juillet 80, un ami informaticien, connaissant mon fort intérêt pour l’informatique, me parla d’une ‘petite SSI’ de moins de 400 salariés qui recrutait même des non informaticiens.
J’ai donc tenté ma chance. Batterie de tests sous la supervision de Dominique Jamet (RH et même +), entretien avec Alain Gliklich (au cours duquel on parla de beaucoup de chose, mais de mémoire pas beaucoup de travail  !). Et une proposition de recrutement en qualité d’analyste programmeur pour le 25 août 1980.

Donc, 2 mois de formation rue de Grenelle, sous l’égide de François Blick, intervention de tous les responsables de l’époque, au bout de 2 mois nous connaissions les différentes activités de CGI mais aussi assimilé les bases méthodologiques et produits nécessaires et suffisantes pour le grand saut, 2 mois d’ambiance studieuse mais aussi potache, des soirées mémorables, ….

Quelques jours avant la fin de la formation, au moment où l’on devait s’exprimer sur ses souhaits d’affectation, Alain Gliklich (ingénieur en chef et responsable de comptes à l’époque) est venu me dire, tu ne remplis pas les papiers, tu viens travailler avec moi  ! Le lundi suivant, j’étais à la Défense chez Technip pour 18 mois.

A Technip, une petite équipe ‘PAC’ supervisée par Alain était déjà en place, entre autre Jean-François Levi ….. Technip venait aussi de recruter un ingénieur débutant, Pascal Rotilio …  et 10 mois après Richard Martz jeune recrue CGI venait nous rejoindre. Quelques années plus tard, nous nous retrouverons  ensemble au sein de l’équipe ‘Pacbase’.
Technip venait, aussi, d’acquérir Adabas-Natural, superbe SGBD Allemand en avance sur son temps et son outil de programmation temps réel. La guerre était donc déclarée, objectif intégrer Adabas et faire exploser Natural  ! Très rapidement je me suis vu confier la conception et la réalisation des MSP (Macro structure Paramétrable) Adabas. Les premiers programmes PAC utilisant ces MSP étaient aussi et même parfois plus performant que leurs homologues en Natural … A l’usage Natural a donc été réservé pour le développement des programmes jetables (utilisation marginale et très courte dans le temps). Alors que mes collègues travaillaient sur des applications plus classiques, j’étais affecté sur un projet technique ‘les Requis’, Technip, société d’Ingénierie pétrolier construisait des raffineries, il s’agissait là de déterminer automatiquement les besoins en longueur de tube, de nombre de coudes, de boîtes à ressort et j’en ai oubliés, preuve que PAC pouvait être mis à toutes les sauces  !
Alain passait régulièrement faire le point. Pour lui le point (au-delà de la relation commerciale avec le client) c’était la supervision de notre travail, relecture assidue de nos programmes et documentation avec la menace ‘B0’ si le résultat n’était pas bon à ses yeux ou si le nombre de compilation du programme incriminé était trop important (B0, commande PAC pour supprimer toute une arborescence dans une bibliothèque, adieu veaux, vaches, cochons, …). Mais au-delà de cela, le passage attendu d’Alain c’était les nouvelles, nous vivions à travers Alain, la CGI de l’intérieur et plus particulièrement tout ce qui touchait à l’équipe PAC.
Début 1982, après une tentative d’embauche de la part de Monsieur Pinault, directeur des études de Technip, quant Alain me proposa de rejoindre l’équipe PAC, je n’ai eu aucun moment d’hésitation, au revoir Technip  !
A cette époque, comme l’a bien montré Fernand dans les pages ci-dessus, l’équipe PAC se structurait. Alain Gliklich, à côté de sa nouvelle activité ‘croissance externe de CGI avec M Ricolleau, prenait en charge la création de l’activité validation et documentation en vue du lancement du Module Dialogue sous un nouveau label ‘Pacbase’. Alain fit donc appel, comme il le disait, à ses deux erreurs d’embauche, Pierre Olivier Jaques, un an d’ancienneté dont 10 mois comme formateur Pac, pour la documentation et Lucien Paternostré à la validation.
Tout était à faire, ma première mission concernait le module Dialogue, l’objectif (pas forcément atteint) était d’en détecter les éventuels bugs et de faire quelques suggestions d’utilisateur béotien. Mon professeur à l’occasion était Pascal Garrigue, bien plus prof que formateur, il devait bien voir que je ne comprenais pas tout  … mais heureusement Marie Véronique Boile s’efforçait de me décrypter.
Dialogue tournait bien, je me suis donc penché sur les autres modules et là ce sont Bernard Maury et Bernard Decla qui me faisaient cours.
Je n’ai cité que Pascal et les Bernard (les autres voudront bien m’excuser de ne pas tous les citer), mais quelle satisfaction professionnelle, et quelle chance, de pouvoir travailler avec des gens de cette qualité, vous êtes aspiré par le haut, merci à eux.
Au niveau encadrement, notre patron c’était Alain, mais lors de ses nombreux déplacements à l’étranger, nous répondions directement à Bernard Chapot.
Nous commencions la diffusion du produit en Amérique du Nord, pour cela il avait été décidé d’adapter le langage de commande et nous en sommes arrivés à gérer 3 versions de documentation, 1 en Français avec langage de commande français (‘R’ pour Rubrique, …), 1 en Anglais avec langage de commande anglais (‘E’ pour element, …) et 1 en Français mais langage de commande en anglais pour le Québec  !  Cette spécificité ennuyait tout le monde, mais personne n’osait en parler. Lors d’une réunion POJ intervient sur le sujet «  j’en ai parlé avec Bernard Chapot, il est d’accord, on abandonne le langage de commande français  ». Dans la foulée l’équipe technique prend en compte cette info. Bien entendu Bernard n’était pas informé et lors de la réunion hebdomadaire Pascal Garrigue informe de la prise en compte de  cette nouvelle donne. A ce moment Bernard Chapot intervient en demandant pourquoi cela n’avait pas été fait plus tôt  ! POJ pouvait respirer … parfois les évolutions tiennent à pas grand-chose.

Il n’y a pas que le travail, des moments épiques comme celui ou avec Pascal nous sommes allés en camion frigorifique chercher des juke-box que nous donnait Bernard Maury en partance pour les US, ou celui ou Pascal m’a vendu sa DS23I Automatique (très peu d’exemplaires de cette version).
Avec Pierre Olivier Jaques POJ, rapidement les activités se sont croisées, je donnais à POJ des fonctions à valider, lui me donnait de la documentation à relire ou à écrire pour des passages très techniques. Concernant la documentation, à l’époque ou la capture d’écran n’existait pas, nous sommes vraisemblablement les premiers au monde à avoir produit de la documentation technique avec de vraies photos d’écran.
Pour cela nous avions construit une caisse, intérieur peint en noir, ouverte sur le devant, et venant recouvrir un écran passif. A ce moment là nous faisions intervenir Bernard Rouan (grand reporter photo à CGI, en autre activité) qui  photographiait les écrans que nous lui passions. Ensuite avec les clichés développés et la photocopieuse, nous insérions au feutre un cadre simulant l’écran, du grand Artisanat.
Les activités documentation et validation se sont rapidement étoffées, des outils spécifiques ont été développés comme le ‘TNL’, Technical News letter, pour optimiser la diffusion de la documentation et de ses addendums. Les missions ont été élargies  : audit de l’utilisation du produit au Québec, présentation des modules Adabas à Washington, support client à Neuchâtel, ……. etc.
A l’époque, les commerciaux PAC présentaient eux-mêmes le produit, avec l’enrichissement des fonctionnalités ils se sont tournés vers moi pour les démos. Lorsque cette activité a dépassé un plus que mi-temps, il a été décidé de créer le support technico commercial, dont j’ai naturellement pris la responsabilité. En parallèle le monitorat se renforçait avec l’arrivée à sa tête de Pascal Rotilio, débauché de Technip, POJ, quant à lui, quittait la documentation pour aller renforcer l’équipe CGI Systems à Pearl River, Jean François Levi et Richard Martz rejoignaient l’équipe technique l’un à Paris, l’autre à Saint-Nazaire (derrière tous ces changements …. Alain Gliklich).
Des petits jeunes arrivaient aussi à l’équipe technique, Benoît Gloanec, Hichem Jaballah, Yvan Chemama,  puis Jean-Marc Leroux, Maxime Daniel, ….

Au technico, les choses se sont accélérées car l’équipe commerciale Pacbase a doublé, Emmanuel Muyal et Nicole Moreau (ex-responsable de la formation) venant renforcer Jean-Claude Cocquant et Joël Memmi. L’équipe Technico a suivi, Ghislaine Métaireau, Isabelle Moine, en autres, sont venues la rejoindre.  Les ventes se sont accélérées, donc les démos parfois dans des conditions pas faciles. En effet des prospects demandaient des présentations et tests sur leur site. En ce temps là, pas de micro portable supportant Pacbase, nous demandions à France Telecom de tirer une ligne sur Saint-Nazaire ou se trouvait une partie de notre puissance informatique (IBM CICS), nous débarquions avec le matériel, écrans, imprimante, barco, … et quant tout se passait bien, au bout de 2 à 3 jours avec des informaticiens du site, une petite application développée en Pacbase, tournait sur l’ordinateur du prospect, et pour simplifier le jeu, bien souvent la configuration prospect n’était pas celle de Saint Nazaire, IBM IMS, Bull GCOS7 ou GCOS8, …
Les filiales CGI à l’étranger montaient en puissance et naturellement nous leur apportions un soutien en accueillant pendant plusieurs semaines un de leur ingénieur au sein du technico-commercial ou en nous rendant directement chez eux pour ‘un coup de main’ (une petite pensée pour Luc Herdwin).
Depuis plusieurs mois, Joël Memmi patron du commerce Pacbase, me demandait de rejoindre son équipe, j’ai enfin accepté mi 1986 juste après le premier congrès Pacbase à Ouarzazate. C’est au cours de ce 1er congrès que furent jetées les bases du club utilisateurs, le GUEPARD ‘Groupement des Utilisateurs Européens de Pacbase Axé sur les Rencontres et les Développements’. Devant le succès rencontré par Pacbase, avec des clients de tous secteurs d’activité, banque, assurances, industrie, administration, … ,  et dans des configurations informatiques différentes, la création de ce club était devenu une exigence. Pour CGI, afin de structurer les demandes et de ne pas tomber dans les relations privilégiées avec tel ou tel, et pour les clients afin d’orienter les évolutions du produit dans la direction souhaitée par le plus grand nombre et ainsi assurer la pérennité du produit (Le GUEPARD existe toujours aujourd’hui).
Au niveau commercial, la région Ouest France ainsi que quelques grands comptes m’ont été confiés, Aérospatiale, Banque Populaire, …

Un nouveau métier pour moi, Joël, Nicole et Jean-Claude m’ont beaucoup appris. L’équipe grandissant, j’ai été amené à jouer le sénior, en particulier auprès de Kathy Peters qui fait aujourd’hui une carrière brillante au sein d’IBM en Allemagne.
Singularité de CGI, des commerciaux au fixe, pas de commissionnement, ce point était souvent mis en avant auprès des prospects et clients «  notre intérêt, votre satisfaction  ».
En 1989, nous décidons de scinder le commerce en deux, le développement (la chasse) et le suivi clients (l’élevage). Nicole Moreau prend la tête du suivi et moi celle du développement.
L’équipe s’étoffe, Christian Dubois commercial depuis quelques mois décide de me rejoindre et en quelques mois nous sommes une dizaine de personnes. Parmi eux, Gildas Mathurin recruté sur Nantes, qui ensuite a rejoint EUVOXA (SSII de plus de 400 personnes) pour en prendre la Direction Générale et qui aujourd’hui est DGA d’E-Front (société leader sur son marché de la finance, fondée et dirigée par Olivier Dellenbach ex fondateur et dirigeant de Nat-Systems NS-DK, une autre histoire  …) ou Laurence Malroux aujourd’hui CEO d’une société importante aux Etats Unis.
Là aussi, j’ai appris beaucoup avec cette équipe et j’avoue que j’ai parfois été bousculé par les propositions de Laurence comme cette réunion de grands comptes prospects à la Maison de l’Amérique Latine  ; un an après, 2 sur 3 étaient devenus clients  !

Pacbase devenait de plus en plus riche, la station de travail, Pacdesign, Pacbench, PacReverse, Pac/CS dans les startings blocks, et tout le reste, la qualité de service n’était plus tout à fait celle qu’attendaient nos clients. Richard Martz se démenait avec la gestion du planning des développements et il est vrai que le commentaire ‘May Slip’ derrière certaines tâches en faisait bondir plus d’un  ! Pascal Rotilio, responsable du monitorat et de la formation jouait le modérateur avec les clients, … Mi-1992, j’ai donc proposé à Pascal Garrigue de créer le support technique international. J’avais eu l’idée, Pascal m’a donc demandé d’en prendre la responsabilité, j’ai donc quitté le commerce et mon équipe (avec un peu de culpabilité vis-à-vis d’eux).
Fernand a tout raconté de cet épisode, il en était l’un des principaux acteurs avec Jean-François Levi que nous avions réussi à faire quitter l’équipe technique et Alain Destips qui a accepté de s’exiler de long mois à Saint Nazaire.
Période riche et passionnante, qui a été aussi celle, à partir de mi-1993, du rapprochement avec IBM sur la base d’une ‘OPE’ appuyée sur un projet industriel.

‘L’opération de rapprochement entre IBM et CGI Informatique résulte d’une réelle convergence d’intérêt entre deux grandes entreprises et leur offre l’opportunité d’aborder les échéances futures avec une puissance et une volonté renforcées’.

Le GUEPARD s’interrogeait en ces termes  :
«  A plus long terme l’avenir de Pacbase va dépendre de la volonté des uns et des autres d’en faire un outil central dans l’approche AD/Cycle. Si la volonté est d’en faire le standard du marché, cela ne pourra être que bénéfique et permettra d’élargir la palette des logiciels interfaçables avec Pacbase. Tous ces atouts potentiels vont dépendre surtout de la répartition des rôles entre CGI et IBM, …  ».

En interne, et jusqu’au départ de Bernard Chapot, nous y avons cru, nous nous sommes battu, CGI devait devenir le cœur de l’offre ‘IBM GLOBAL SERVICES’..

Au 31 décembre 1994, CGI Informatique, an IBM Company, affichait, un effectif de plus de 4000 personnes, un Chiffre d’Affaires de plus de 2 milliards de francs et un résultat à 2 chiffres.

Christian Nivoix, d’IBM France, a succéder à Bernard Chapot. Malgré son dynamisme et son charisme, le discours ne passait plus. Beaucoup ont changé de poste ou quitté l’entreprise

Fin 1995, j’ai quitté CGI et rejoint Harmonie Mutualité en qualité de Directeur des Etudes. Client CGI/Pacbase, paradoxe de la vie, j’ai développé une stratégie basée sur les progiciels et nous avons quitté Bull pour rejoindre la communauté des utilisateurs IBM AS400. A mon départ, fin 1999, mon remplaçant à la tête des études informatique, Bruno David, était un ancien CGI ……
Je suis resté en Mutualité jusqu’au début 2010, Directeur Général des Mutuelles de Vendée, Directeur Délégué d’Harmonie Mutualité, Président du Directoire d’Harmonie Développement Services, … là encore une vie professionnelle passionnante.
Depuis 2010, je suis consultant en entreprise, encore une nouvelle vie ….

Fernand vous a conté Pac, j’ai tenté de porter un éclairage différent à travers mon expérience et ma sensibilité.
Je pense que vous en êtes maintenant convaincu, quelle chance d’avoir fait un bout de chemin au sein de CGI  !

Merci encore à tous les collègues et clients qui ont jalonnés mon parcours de 16 années et avec qui nous avons vécu ensemble cette belle aventure (qui continue …).

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